Mise en contexte
Bien que la pauvreté des femmes soit bien documentée et portée par un ensemble de groupes, le processus qui mène à la situation de pauvreté des femmes nous apparaît comme un enjeu majeur. Après réflexion, les centres de femmes de la Montérégie ont convenu que dans bien des situations le fait d'être une femme, avec ce que ça comporte dans la société, nous conduit à vivre de manière plus évidente de la discrimination systémique.
Effectivement, on retrouve le mariage, la maternité, le divorce, les familles recomposées, la maladie d'une personne proche, les responsabilités familiales… Toutes ces facettes de la réalité des femmes exercent une pression marquée sur leur autonomie financière et leur appauvrissement. Bien que dans un divorce les deux conjoints vivent de l'appauvrissement, la femme en est davantage victime, et ce, pour différentes raisons. Une grande majorité de femmes se disent fatiguées ou tout simplement épuisées, la double et la triple tâche affectent toutes les femmes, on semble oublier que cette condition a un effet significatif sur la santé générale de ces femmes et du système de santé dans son ensemble. Nous faisons la remarque que dès qu'une femme ou toute autre personne contribue à enrichir la société, elle s'en trouve appauvrie sur bien des aspects de sa vie, non seulement financièrement. La société reconnaît-elle à sa juste valeur la contribution que valent l'implication et l'engagement de ces femmes pour la société?
Le présent projet a voulu dans un premier temps vérifier l'hypothèse voulant que les femmes rencontrent des barrières systémiques soit en lien avec l'accès ou les limites de différents programmes sociaux, ou encore avec les lois sur l'impôt, dans la poursuite de son autonomie financière au cours des événements qui ponctuent principalement la vie des femmes.
Dans un second temps, selon la vérification de l'hypothèse, nous voulons identifier des pistes de solutions qui faciliteraient la reprise de pouvoir sur leur vie en passant par leur autonomie financière. Différents éléments de la conjoncture actuelle nous ont menées à cette réflexion. En effet, personne n'ignore plus le fait que nous allons faire face à une pénurie de main d'œuvre dans bien des secteurs d'activités, et que principalement le domaine de la santé doit trouver des solutions pour pallier à la crise qui sévit et qui se fait grandissante due au vieillissement de la population en général. Parallèlement à ça, nous vivons un appauvrissement généralisé de la classe moyenne, particulièrement les femmes qui vivent de plus en plus vieilles alors qu'elles sont de plus en plus pauvres.
Le portrait des familles et des contraintes de la vie d'aujourd'hui ne correspondent plus à la réalité du modèle des années 50 malgré le fait que le rythme de vie et les exigences imposées à la population soient toujours calqués sur ce modèle. En effet, le système favorise les travailleurs qui font du 9à5 du lundi au vendredi, les couples mariés et les familles traditionnelles avec des rôles traditionnels, alors que la famille traditionnelle est une réalité de plus en plus «marginale». Dès que notre réalité dévie de cette ligne, on doit faire face à différentes barrières qui ont un impact sur notre qualité de vie. Le marché du travail ne correspond plus, non plus, à l'image que nous en avions, la mondialisation a grandement changé le portrait de la vie des travailleurs, nous avons de plus en plus de travailleurs autonomes et les secteurs de la production et de la transformation en sont gravement affectés par le transfert des emplois dans les pays où la main d'œuvre est meilleur marché.
Nous croyons que le système de protections sociales dont nous bénéficions est important dans la qualité de vie de l'ensemble de la population cependant, nous remarquons du même souffle que les barrières ou les limites de certains programmes ont des effets pervers dans la recherche d'autonomie financière des femmes et de la population en général. Et il nous apparaît plus que nécessaire, surtout en regard des impacts sur la vie des femmes, d'agir sur ces mesures en espérant contribuer à réduire le processus d'appauvrissement des femmes et finalement le nombre de femmes vivant des situations de pauvreté.
Voilà pourquoi nous cherchons à contribuer à l'adaptation des réalités de vie d'aujourd'hui aux différentes mesures visant à soutenir les personnes dans l'amélioration de leur qualité de vie, principalement l'acquisition de l'autonomie financière des femmes. Le contexte des centres de femmes de la Montérégie fait que l'on se demande en plus si cette réalité d'appauvrissement des femmes est différente selon que l'on soit issue de la communauté francophone ou anglophone.
Objectifs du projet
Nous croyons que le fait d'être une femme avec ce que cela comporte dans la société, contribue à nous faire vivre des situations d'appauvrissement. Le but du projet est d'identifier divers éléments qui ont freiné ou ralenti considérablement votre accès à l'autonomie financière ou l'augmentation de votre revenu. Par votre revenu, nous entendons votre revenu individuel et/ou le revenu familial. Notre objectif est d'identifier avec vous des pistes de solutions afin d'orienter diverses actions en vue de réduire l'appauvrissement des femmes en général.
Historique du projet
Projet régional Pauvreté & appauvrissement des femmes
Juin 2003 Il est convenu par l'ensemble des centres de femmes lors de l'AGA de L'R d'accorder une priorité au dossier de la pauvreté et de l'appauvrissement des femmes.
Février 2004 Les centres de la Montérégie commencent à se questionner sur ce que l'on pourrait faire et comment le faire?
Septembre 2004 Les centres de la Montérégie se sont engagés au cours de l'année 2004-2005 de faire une réflexion collective avec des membres afin d'identifier avec elles différentes réalités et possibilités d'actions en vue d'identifier le créneau davantage rattaché à la pauvreté et l'appauvrissement des femmes. Nous pensons qu'il faut inclure sérieusement dans cette réflexion un questionnement sur l'impact d'un impôt individuel sur l'autonomie financière des femmes, comment et pourquoi? Il nous semble que cette piste est d'un grand intérêt, reste à savoir si c'est vrai.
Mai 2007 Naissance officielle du projet «L'appauvrissement a-t-il un sexe?». Deux centres de femmes de la Montérégie investissent dans le projet.
Octobre 2007 à juillet 2008 Tenue des groupes de discussion permettant de valider l'hypothèse de départ et de vérifier les étapes du processus d'appauvrissement des femmes selon leurs choix de vie. 146 femmes en Montérégie nous ont raconté comment elles ont vécu leur appauvrissement.
Mars 2008 Nous obtenons du financement de Condition féminine Canada pour une période de 18 mois, ce qui nous permet de poursuivre le projet vers notre objectif ultime : le Colloque du 1er octobre 2009 qui mettra en lumière les résultats de notre recherche et qui amènera les participants à réfléchir sur le sujet et proposer, tous ensemble, des pistes de solutions et de revendications.
Juillet à novembre 2008 Cette recherche a été remise à des chercheures qui ont classifié, codifié et analysé les témoignages recueillis lors des groupes de discussion. Ce qui nous a amené à l'élaboration d'un document de travail qui nous permet d'aller plus loin dans le projet. Ce document s'intitule « Ce qu'elles ont dit de leur trajectoire d'appauvrissement. » Dix thèmes y sont répertoriés dont : le changement de statut civil, la maternité et les responsabilités familiales, les facteurs financiers, l'occupation, le gouvernement, ses programmes et lois, le logement, la santé physique et mentale, le soutien psychologique, légal et social, l'accès à l'éducation et à l'information ainsi que l'accès aux transports et les difficultés d'intégration des immigrantes. De cet outil, trois histoires de vie sont élaborées à partir de ce que les femmes nous ont dit. Les noms sont fictifs mais les histoires sont vraies.
Janvier 2009 Début des rencontres pour élaborer l'outil de sensibilisation, le guide d'animation et l'organisation du colloque.
Février 2009 Rédaction et lancement de la fiche synthèse. Une fiche synthèse des grandes lignes dévoilées par le projet a été réalisée par Jacynthe Dubien. En février a eu lieu le dévoilement de la fiche synthèse à la maison Parent-Roback à Montréal. Plusieurs regroupements de femmes intéressés au résultat de la recherche étaient présents. Deux faits saillants en ressortent : d’abord les femmes sont peu informées de leurs droits, puis nous ne portons pas la même conception de l’autonomie. Nous avons donc dû revoir notre façon de concevoir l’autonomie en fonction de ce que les participantes nous ont dit.
Avril 2009 Captation de la conférence donnée par monsieur Henri Lamoureux, traitant de l’appauvrissement des femmes et durant laquelle il parle, entre autres, de la question des aidantes naturelles et du désengagement de l’État. Cette conférence est une initiative de la Table des centres de femmes de la Montérégie.
Mai 2009 Une invitation des maritimes. Nous avons eu l’immense privilège d’être invitées par la fédération des femmes acadiennes de la Nouvelle-Écosse lors de leur AGA qui a eu lieu les 22, 23 et 24 mai 2009. Elles voulaient en connaître un peu plus sur le projet. Les femmes acadiennes ont été surprises de voir à quel point la situation des femmes que nous avons rencontrées en Montérégie ressemble à leur vécu. À la suite de notre présentation, le constat est que les femmes acadiennes sont elles aussi mal informées de leur droit.
Janvier à juillet 2009 Développement de guides d’animation et de sensibilisation. Le guide d’animation, distribué aux 105 centres de femmes du Québec, est des histoires de vie d’Agathe, de Véronique et de Nadia. Les facteurs d’appauvrissement par les choix individuels sont abordés mais aussi ceux provenant du système social et économique. La grille des cinq avoirs qui est un lien avec la sécurité économique et l’autonomie économique est présentée. Ce guide s’intitule : « Pour des choix gagnants, aiguisons nos réflexes ». Il y a aussi l’outil de sensibilisation «Pour des choix gagnants, j’aiguise mes réflexes». Nous pouvons choisir un personnage et le suivre dans ses choix de vie. Cet outil permet de connaître les pièges à éviter selon les choix que nous faisons dans nos vies. Cet outil fait également de la prévention aidant à faire des choix éclairés quand vient le moment dans les différents cycles de vie des femmes.
Ce qui s’en vient…
Notre colloque « L’appauvrissement a-t-il un sexe? Facteurs d’appauvrissement et cycles de vie » aura lieu dans un avenir rapproché. Il est un évènement important du projet et portera sur l’analyse des constats découverts tout au long du projet ainsi que sur les pistes d’action à mettre de l’avant tant à l’échelle locale que régionale ou nationale pour freiner l’appauvrissement des femmes. Différents thèmes seront abordés tels que : la santé des femmes, l’autonomie des femmes, la connaissance de nos droits, les responsabilités familiales, etc.
Des publications et un site Internet
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